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Aujourd’hui ou peut-être hier

Chères amies, chers amis, chères lec­tri­ces, chers lecteurs,

J’ai décidé de partager avec vous sur la page « Tranch­es de vie », quelques textes que je rédi­ge actuelle­ment et qui for­meront peut-être un ouvrage, je ne le sais pas encore. Il s’ag­it de textes courts qui par­lent de mon quo­ti­di­en, de mes impres­sions, de mes émo­tions. Celles et ceux qui me con­nais­sent depuis longtemps et qui me suiv­aient, se sou­vi­en­nent peut-être des textes que je pub­li­ais autre­fois, sur mon blog Impres­sions furtives. Il s’ag­it un peu du même for­mat. J’ac­com­pa­gne presque tou­jours mes textes de musique ou d’une image, une pho­to, une pein­ture. Voici le pre­mier texte, inti­t­ulé Une brèche.

Une brèche

The Shibboleth. Doris Salcedo's Shibboleth at the Tate Modern, london.  Domenico Ceglie
The shib­bo­leth. doris sal­cedo’s Shib­bo­leth at the tate Mod­ern, lon­don. Copy­right Domeni­co Di Ceglie (2018)

Aujourd’hui, c’est mar­di. Un jour comme les autres depuis quelques mois. Pour moi, un peu moins que pour Maman.

Aujourd’hui, une par­tie du pla­fond du salon de sa mai­son est tombée. Mais cela aurait tout aus­si bien pu arriv­er hier ou avant-hier. Il y a du plâtre sur le sol. Aucun blessé, seule­ment un énorme trou dans le pla­fond et le ciment mis à nu. Un trou qui révèle une faille, une blessure ouverte, vis­i­ble. Impos­si­ble à ignor­er, aujourd’hui.

Il se trou­ve dans le pla­fond du salon. La pièce prin­ci­pale.

Le voisin est venu ramass­er les morceaux et s’assurer qu’il n’y avait plus de dan­ger. Mais cela aurait pu être moi, la voi­sine ou même un incon­nu de pas­sage.

Cela n’a pas vrai­ment d’importance. Pas plus que le fait qu’aujourd’hui, nous sommes mar­di 4 août et que demain, ce sera mer­cre­di.

Le trou est bien là. Béant. Cri­ant. On ne peut plus faire sem­blant de ne pas le voir.

Dans le salon, il sera pos­si­ble de le col­mater.

Chez ma maman, il n’y a plus de retour en arrière pos­si­ble.

Je l’ai com­pris et il faut faire avec. Vivre avec cette brèche aus­si longtemps que pos­si­ble. Quelque chose s’est aus­si brisé en moi ce jour-là. Plus que les autres jours, les autres mois, et les années qui ont passé.

Je dois me faire à l’idée que rien ne pour­ra plus être comme avant. Cette pièce dans laque­lle j’ai vécu pen­dant plus de vingt ans, que j’ai con­nue presque depuis 50 ans, ne sera jamais plus la même, et tant que j’en suis moi-même encore capa­ble, je dois garder le sou­venir de ce qu’elle a été dans le passé et la chérir, et accepter celle qu’elle est dev­enue au présent. Ce sera ma petite con­tri­bu­tion, mon petit refuge pour pou­voir avancer et pour être en mesure de l’accepter, telle qu’elle est dev­enue aujourd’hui, et telle qu’elle sera demain.

https://youtube.com/watch?v=RQoVHqveQ98%3Fsi%3DoUd_6KizWgORE3YL
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